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Le conte : un art vivant qui ne s’arrête pas aux frères Grimm

Quand on évoque le conte, les mêmes images reviennent souvent : un prince, une princesse, une forêt, un loup… et les célèbres frères Grimm. Pour beaucoup, le conte appartient au passé. Il serait un récit pour enfants, figé dans les livres, transmis depuis des siècles sans avoir changé.

Pourtant, cette vision ne représente qu’une infime partie de ce qu’est réellement le conte.

Le conte n’est pas un musée.

C’est un art vivant.

Bien avant les livres, il y avait la parole

 

Les histoires existaient bien avant l’écriture. Elles voyageaient de bouche à oreille, au coin du feu, sur les places des villages, dans les champs, les cuisines, les ateliers ou les chemins.

Elles changeaient selon les personnes qui les racontaient. Une histoire racontée dans le nord de la France ne ressemblait pas tout à fait à celle racontée quelques centaines de kilomètres plus loin.

Chaque conteur y glissait son souffle, son rythme, sa langue, son humour, son époque. Le conte n’était jamais figé. Il appartenait à celles et ceux qui le faisaient vivre.

Tony Havart racontant un spectacle de conte devant le public.
Spectacle Tristan, Yseult et cie de Tony Havart
(adapté en balade contée)

Les frères Grimm n’ont pas inventé les contes

Jacob et Wilhelm Grimm ont accompli un immense travail de collecte au XIXᵉ siècle. Ils ont fixé par écrit des récits populaires qui circulaient depuis parfois plusieurs siècles. Mais ils ne sont ni les inventeurs du conte, ni les seuls gardiens de cette tradition. À travers le monde, chaque culture possède ses propres récits.

Les histoires africaines, inuit, amérindiennes, asiatiques, orientales ou européennes racontent souvent les mêmes grandes questions humaines avec des visages différents. Le conte traverse les frontières. Il voyage avec les peuples. Il évolue avec eux.

Aujourd’hui, le conte continue de se transformer

 

Le conte contemporain ne consiste pas simplement à raconter Le Petit Chaperon rouge ou Cendrillon.

Les artistes d’aujourd’hui écrivent, adaptent, collectent, réinventent et questionnent les récits. Ils parlent d’écologie, de migration, d’amour, de vieillesse, de transmission, de famille, de différences, de mémoire ou encore d’égalité.

Le conte dialogue avec notre époque. Il n’a jamais cessé de le faire.

Odile Burley, Conteuse sur scène partageant un récit avec le public.
Spectacle Petit Petit d’Odile Burley

L’art de la parole

Ce que nous défendons à L’Ours Affable, ce n’est pas seulement le conte.

C’est plus largement l’art de la parole. Un art où la voix devient un paysage. Où le silence raconte autant que les mots. Où chaque regard, chaque respiration, chaque geste construit une relation unique avec le public. Contrairement au livre, le conte n’existe pleinement que lorsqu’il est partagé. Chaque représentation est différente. Parce que chaque public est différent.

Ce n’est pas le conteur qui choisit l’histoire

J’ai souvent entendu une phrase qui résume merveilleusement le métier de conteur-se :

« Ce n’est pas le conteur qui choisit une histoire. C’est l’histoire qui choisit son porte-parole. »

Certaines histoires nous accompagnent pendant quelques mois. D’autres pendant toute une vie. Elles nous résistent parfois avant de devenir évidentes. Chaque artiste entretient une relation intime avec les récits qu’il porte. Un conte ne s’apprend pas seulement par cœur. Il se laisse peu à peu habiter. Puis vient le moment où il peut être transmis.

Une histoire ne s’interprète jamais deux fois de la même manière

Deux conteurs peuvent raconter exactement le même récit. Pourtant, le public n’entendra jamais deux fois la même histoire. L’un y apportera de l’humour. L’autre de la poésie. L’un fera entendre la colère. L’autre révélera la tendresse. Parce que le conte ne se limite pas aux mots. Il porte aussi le regard, les silences, la voix, les émotions et le parcours de celui ou celle qui raconte.

C’est cette interprétation qui fait du conte un art vivant.

Continuer à raconter

 

Dans un monde où les images circulent à toute vitesse, prendre le temps d’écouter une histoire est presque un acte de résistance.

Le conte nous invite à ralentir. À imaginer. À écouter. À partager un même souffle.

C’est sans doute pour cela qu’il continue de trouver sa place aujourd’hui, dans les médiathèques, les théâtres, les festivals, les écoles, les musées ou les places de village.

Parce qu’au fond, les histoires n’ont jamais cessé d’avoir besoin d’être racontées.

Et nous n’avons jamais cessé d’avoir besoin de les entendre.

Claudine Vigreux, Conteuse écologique en nature partageant un récit avec le public.
Spectacle La Maladie des Nuages de Claudine Vigreux